« Fuyez le mal, repoussez les occasions dangereuses. Nous et tous nos frères, quoique indignes, prions continuellement Dieu le Père, son Fils Jésus Christ et la Vierge Marie, pour qu’ils ne cessent de vous assister dans la recherche du salut de vos âmes et de vos corps » lettre de saint François de Paule, 1486

Ancien couvent des Grands Minimes du Plessis-lès-Tours à La Riche

            Dès leur arrivée, début mai 1483, au manoir du Plessis-lès-Tours où résident le roi Louis XI et ses officiers, François de Paule et ses deux compagnons sont logés dans une très modeste maison dans la basse cour, au bout du pont-levis, près de la chapelle paroissiale Saint-Mathias. Mais aucun historien de l’Ordre des Minimes n’évoque un couvent. Tout au contraire. François Victon parle d’un « petit logement de brique et François de La Noue d’un « oratoire ». Antoine Dondé note que l’ermite y fit « sa demeure, jusqu’à tant que l’on eut trouvé quelqu’autre place pour le loger avec ses religieux. » L’endroit, fort inconfortable, n’est guère de nature à favoriser l’oraison et le silence que mettent à mal les allées et venues des officiers, la fréquentation et le bruit des gens d’armes et de la garde, les travaux des maçons, les fastes des courtisans…L’édification d’un couvent s’imposait, en lieu et place de ce petit logement de fortune, au fur et à mesure qu’augmentait le nombre de compagnons de l’ermite.

Charles VIII, par lettres patentes du 24 avril 1489, souhaitant offrir aux religieux une terre pour édifier le couvent de Jésus-Maria près du Cher, justifie son don du terrain de la Bergerie, à moins d’une lieue du manoir royal, pour que «  ledit bon homme ermite, ni ses dits religieux qui vivent en religion d’ermitage, soient en lieu ou fréquentent ni abondent gens si souvent comme on fait en ladite basse-cour ; avons avisé et délibéré de faire bâtir et édifier une autre église, avec les dormitoires, au dedans du parc dudit Plessis, hors de la presse de toutes gens, pour lesquelles choses bâtir, construire et édifier, conviendra faire et dépendre grande somme de deniers… » Il s’agit, par le souci de placer les ermites dans un lieu propre au silence, d’édifier un véritable couvent « avec les dormitoire, cloistre, jardin et autres choses requises pour la clôture dudit monastère ou hermitage… hors de la presse de toutes gens ». Les dépenses, assurées par la vente du treillis de fer entourant le parc du Plessis se sont élevées à 7 419 livres 5 sols et 5 deniers.

Le gros œuvre de l’église conventuelle est achevé à l’automne 1490 et l’intérieur quelques jours avant Noël. L’édifice mesurait 13 toises de longueur hors œuvre (24,3 mètres environ), 5 toises de largeur dans l’œuvre (environ 9,7 mètres) et 6 toises de hauteur hors œuvre (environ 11,7 mètres). Outre l’église, le couvent comprenait une salle du chapitre, une sacristie (ou vestiaire), des cuisines et celliers vers les jardins, le réfectoire et quatorze cellules pour les religieux, deux prisons et un petit oratoire au premier étage communiquant avec l’église. La chambre de François de Paule, attenante au cloître, restait isolée du dortoir des moines; elle était située entre l’église et le mur de clôture. C’est un peu avant la fin des travaux, sans doute au début de 1492, que François prit possession des lieux avec sept de ses compagnons. La dédicace du couvent Jésus-Maria eut lieu le 28 juin 1492.

Il est procédé à un remaniement de l’église conventuelle vers 1530, Louise de Savoie désirant agrandir l’édifice par la construction, à ses frais, d’une seconde nef à trois voûtes, située au nord de celle déjà existant. L’ouvrage est achevé en 1531. Elle devait servir de lieu de sépultures à des personnages célèbres: Frédéric II d’Aragon en 1504, roi de Naples, le maréchal Jean de Baudricourt enterré au milieu du chœur, face à l’autel majeur, le comte Morette, ambassadeur du duc de Savoie près Henri II, inhumé en 1553 dans la nef de la Vierge, le Père Verdevia, confesseur de la reine Éléonore de Habsbourg, deuxième épouse de François 1er, etc…

À la suite du pillage et des destructions par les protestants en 1562, des réparations et des aménagements furent donc nécessaires, en même temps que des agrandissements rendus indispensables par l’augmentation du nombre de religieux. L’inondation du Cher en 1628 contraint les Minimes à effectuer à des travaux urgents à partir de 1630. Le tombeau est surélevé de 4 à 5 pieds en juillet 1630, recouvert d’une pierre tombale de marbre violet, entouré d’une balustrade ornée de pyramides aux quatre coins. L’église fut presque complètement reconstruite et agrandie; elle fut consacrée le 26 avril 1643 par Victor Le Bouthillier, archevêque de Tours. La nef principale, de style simple conformément à l’usage chez les Minimes, mesurait 78 pieds de longueur (environ 25,34 m) et 28 pieds de largeur (environ 9,10 m); elle se terminait par une abside avec un grand autel en marbre et marqueterie, une statue de la Vierge entourée d’anges dans une niche, les statues des quatre évangélistes, œuvres de Charles Hoïau. Le chœur était occupé par les stalles des religieux, des boiseries, crédences, tableaux et grille en bois. Le tombeau du saint occupait la nef principale, dans une position légèrement décalée vers le sud.

En 1768, ce couvent ne comptait plus que dix-huit religieux ; en 1790 on ne recensait plus que cinq religieux et trois oblats. Bien ecclésiastique « mis à la disposition de la Nation », la propriété conventuelle est mise en adjudication par le directoire du district de Tours en juin 1791. Elle est ainsi décrite: « la maison conventuelle, clôture et église de Saint-François consistant par le bas en grand cloître de 18 toises de large (environ 35 m) sur 20 toises de long (environ 39 m), au milieu desquels est un jardin, puits et la chapelle de Saint-François, au levant et midi le principal corps de bâtiment composé par le bas d’un grand réfectoire, cuisines, lavoirs, fontaines, jets d’eau, corridors, grandes salles, salon boisé à cheminée, deux chambres à cheminées; au-dessus de tous les objets par le milieu, deux grands dortoirs, des chambres à cheminées, corridors, quarante-quatre cellules; au-dessus des dortoirs et cellules du bâtiment au levant, une grande bibliothèque boisée, garnie de tableaux, des dortoirs, corridors, trois grandes chambres et siège d’aisance; pour communiquer auxdits cellules et dortoirs, deux escaliers, l’un en bois et l’autre en pierre ».

Le domaine, fragmenté en plusieurs lots, est acheté par des particuliers. Tous les bâtiments, église comprise, sont démantelés, à l’exception du dormitoire-bibliothèque et de la chambre des hôtes où le corps du saint fut brulé en 1562 (ce bâtiment, vétuste, fut détruit en 1845). De 1807 à 1813, les lots sont rachetés par un prêtre qui les lègue au diocèse en 1824. De 1824 à 1835, le petit séminaire s’établit dans l’ancien bâtiment subsistant, puis, de 1836 à 1843 un orphelinat y est installé.

Chaque année, de 1838 à 1843, des processions des reliques avaient été organisées dans les jardins du monastère et en 1839, Mgr Nogret, évêque de Saint-Claude et ancien curé de Loches y avait prononcé un remarquable panégyrique à l’occasion d’un pèlerinage des habitants de Tours et des environs. M. Dupont et l’abbé Pasquier y entretenaient le souvenir. C’est M. Dupont, le « saint homme de Tours » qui, au milieu des décombres, retrouva l’emplacement du tombeau et le matérialisa par une croix en fer. En 1867, l’archevêque, Mgr Guibert, exprime son désir d’élever une chapelle sur la tombe du saint. Son successeur, Mgr Fruchaud, relance avec une solennité particulière les pèlerinages à l’occasion de celui qu’il préside le 5 mai 1874. En 1875, Mgr Colet lance une souscription. Le 4 mai 1877 a lieu la bénédiction de la première pierre; la chapelle, construite sur les plans de Gustave Guérin, pratiquement achevée, est consacrée le 4 mai 1878.

La loi de Séparation du 9 décembre 1905, par sa rigueur, mit un terme à ces très éphémères projets. La propriété de l’ancien couvent fut dévolue, sans indemnité versée au diocèse, à l’hôpital général de Tours par décret présidentiel du 29 avril 1909 publié au Journal officiel du 2 mai 1909. Une partie du domaine fut convertie en pépinière et serres florales pour l’hôpital, le grand bâtiment des Goblins servant d’entrepôt pour machines et instruments agricoles. La chapelle, délaissée par le culte, servit de lieu d’entreposage d’engrais jusqu’à l’accord conclu avec l’Association des Amis de saint François de Paule en 1954 reconnaissant à cette dernière un droit d’usage cultuel. Les fêtes du 450e anniversaire de la mort de François de Paule et de réouverture officielle du sanctuaire, le 2 avril 1957, y sont célébrées avec faste en présence d’une délégation de Minimes d’Italie. En 1984, l’association fait poser les vitraux dessinés par Jacky Clavaud et réalisés par l’atelier du maître-verrier tourangeau Yvan Guyet (dit Van Guy), bénis le 15 septembre par Mgr Honoré, archevêque de Tours.

Le C.H.R.U. de Tours (Centre Hospitalier Régional Universitaire), propriétaire depuis 1909, décide la vente du domaine par une délibération de son conseil d’administration du 21 févier 1992. Le domaine de 47 689 m2 est réparti en quatre sections cadastrales. Le bâtiment conventuel et son jardin (dit des Goblins) occupent 2 069 m2, la chapelle néo-gothique 75 m2, les serres et pépinières utilisées par le C.H.U., 4 465 m2 et la tour octogonale d’adduction des eaux, datant de 1689, 5 centiares, qui amenait au couvent et au château du Plessis les eaux de la fontaine de la Carre depuis Joué-lès-Tours. Le reste, soit 41 080 m2) est loué par la ville de Tours à deux associations de jardiniers familiaux.

Dès l’annonce de la mise en vente, et bien que le C.H.R.U. ait indiqué son souhait de conserver au site son aspect naturel et de quiétude, en privilégiant l’offre d’achat formé par l’Ordre des Minimes, des promoteurs immobiliers et la mairie de La Riche s’empressent de se déclarer candidats. La préemption formée par cette municipalité est censurée et annulée par le Conseil d’État le 15 septembre 2006. Non sans susciter des interrogations, le 11 décembre 2008, quelques jours avant la signature de l’acte définitif  d’achat par les Minimes, un incendie criminel, avec deux points de mise à feu reconnus par les experts, détruit la couverture et les combles du bâtiment des Goblins du XVIIe siècle. L’Ordre des Minimes conclut cependant l’achat le 2 mai 2010, redevenant ainsi propriétaire des lieux. Deux arrêtés d’inscription des 1er février 1993 et 30 mai 2007 au titre des Monuments Historiques ont permis de préserver au domaine son aspect patrimonial et naturel.

Le couvent Jésus-Maria des Minimes à La Riche aquarelle de Louis Boudan 1699, collection Gaignières

Les autres couvents de Touraine et ses confins

  • Le couvent des Toussaints à Amboise

C’est en souvenir de l’arrivée à Amboise que François de Paule et Charles VIII décident d’édifier un couvent dit des « Toussaints », dédié à la Vierge Marie et à tous les saints, aux portes de la ville. Le 8 mars 1488, le successeur de Louis XI acquiert des terrains au pied des remparts du château là où, en 1483, le dauphin Charles accueillit l’ermite en bordure de Loire. Il faut attendre 1493 pour que les religieux puissent s’installer dans le couvent. L’église, trop exigüe, est remplacée par un nouvel édifice en 1496. L’église, conformément à l’usage chez les Minimes, ne comportait qu’une nef. Le couvent des Toussaints comprenait un cloître, un grand réfectoire, un dortoir, une écurie, un jardin et une cave dans le roc. En 1768, il n’était plus occupé que par quatre Minimes et un seul en 1790. Les 4, 14 et 28 avril 1792, le domaine, déclaré « bien national » est mis en adjudication. L’église est détruite au cours du XIXe siècle ; seuls sont conservés deux bâtiments en grande partie remaniés.

  • Les couvents de Montgoger, de Champigny-sur-Veude et de Tours intra-muros

Du vivant de François de Paule, un troisième couvent est édifié en Touraine. Celui de Montgoger (ou Montgauger), dédié à saint Jacques-le-Majeur, aujourd’hui quasiment disparu, établi près du château (commune de Saint-Épain), à L’Hommelaye, fut fondé en février 1502. L’église conventuelle est consacrée le 14 septembre 1507. Le bien est mis en adjudication du 6 juin 1791. La communauté de Montgoger ne comptait plus que trois Minimes en 1768.

Aux confins de la Touraine, mais en terre poitevine, près d’un siècle après la mort du saint, le couvent de Champigny-sur-Veude est fondé en 1603 par Henri de Bourbon, duc de Montpensier. Des bâtiments ne subsistent que l’église à nef unique et un corps de logis qui lui est perpendiculaire, le cloître ayant disparu. La communauté ne comprenait guère plus de six religieux en 1727 et quatre en 1768.

Dédié à saint Grégoire, le couvent des Minimes de Tours intra-muros semble faire figure d’exception au sens où, contrairement à l’usage voulant que les couvents de l’Ordre soient édifiés hors des villes pour garantir aux religieux le précepte du silence et de l’oraison, il est construit à l’intérieur des murs de la cité. Les Minimes du Plessis se rendent acquéreurs, le 26 mars 1619, d’un terrain de plus de 2 hectares à proximité des couvents féminins de la Visitation et de l’Union Chrétienne, grâce à l’aide de la reine Marie de Médicis.           

En octobre 1626 débutent les travaux de construction : le gros œuvre est achevé en 1630 et, en 1635, Mgr Victor Le Bouthillier, coadjuteur de Tours, procède à la consécration de la chapelle du  couvent des « Petits Minimes ». L’église, richement décorée, de plus de 38 mètres de longueur sur 10 mètres de largeur, se signale notamment par son autel double à entablement avec guirlandes de chêne, son baldaquin, ses stalles et boiseries. En 1768, la Commission des Réguliers fait état de deux Minimes résidant dans le couvent. Sous la Révolution, l’édifice sert de lieu de réunion de la Société patriotique. Le 26 juillet 1791, la « maison des Minimes » est acquise par Etienne Audouin, avoué à Tours, au profit de Pierre Bucheron.

Une partie de l’ancien couvent, d’abord louée à l’administration militaire par les héritiers Bucheron en 1853, leur est vendue le 24 octobre 1858. La chapelle est acquise par le lycée impérial le 27 novembre 1856 pour les besoins de l’aumônerie catholique des lycées Descartes et Balzac puis vendue pour 80 000 francs le 10 novembre 1981 à l’association Restauration de la chapelle des Minimes pour permettre à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X de célébrer le culte auprès des catholiques traditionnalistes de Mgr Lefebvre

(Michel LAURENCIN).